Découvrir

 

L’un des changements majeurs intervenus depuis les années 80 dans le domaine des diasporas tient à la multiplication des communautés en dispersion dans l’espace physique et à leurs nouvelles formes de regroupement, d’action et d’occupation dans les territoires numériques. Ce changement demande naturellement une autre approche épistémologique. Les sujets tout comme les outils conceptuels et méthodologiques classiques de la discipline devront êtres reconsidérés et confrontés avec cette nouvelle donne migratoire.

Si le réseau Internet est un environnement particulièrement pertinent pour les diasporas, car décentralisé, interactif et transnational par essence, l’objectif de ce projet n’est pas d’idéaliser ce réseau (processus régressifs dans le cadre des communications en ligne des diasporas, exclusion par la société d’information d’un grand nombre de personnes) mais de l’explorer.

Les e-pratiques communicationnelles et organisationnelles récentes des migrants et la transition des documents du papier vers des supports électroniques (documents d’identité inclus) produit sur la toile (avec des régimes d’accessibilité plus ou moins contrôlés) un corpus vaste, en errance et peu investigué. Pourtant, ce sont ces traces électroniques qui sont susceptibles de mieux nous apprendre le fonctionnement des réseaux transnationaux, de mesurer l’intégration des migrants, de comprendre la mondialisation du mouvement des « sans papiers » ou la nature de la surveillance menée par les institutions chargées du contrôle des étrangers.

Ouvrir un nouveau terrain de recherche, articuler deux courants d’études jusqu’ici relativement dissociés (les théories des diasporas et l’exploration du web) et développer des outils génériques à redéployer dans d’autres disciplines SHS sont les objectifs majeurs de ce programme de recherche.

L’intérêt de la recherche sur l’usage des TIC dans les migrations est multiple et s’inscrit dans une approche scientifique qui place au cœur du débat la capacité stratégique des migrants à s’installer dans un monde global.

- D’abord elle permet de saisir la gestion interactive susceptible de relancer le débat sur l’intégration/l’exclusion des migrants, et plus largement d’explorer la spécificité du médium communicationnel dans la maintenance des liens entre les migrants, leur famille, et la société d’accueil. Malgré les prospectives qui avaient fondées sur les télétechnologies l’espoir d’une réduction des déplacements, en réalité, celle-ci ont permis une amélioration de la qualité et de la rapidité des services rendus, mais pas du tout - sauf rares exceptions - une réductions des déplacements. Cette observation prend une valeur significative quand il s’agit d’un milieu migrant et d’un contexte politique généralement défavorable à l’immigration. Adoptant la plus part des pratiques « spatio-temporelles » et de communication contemporaines, les migrants ont développé des tactiques d’intégration dans les sociétés d’accueil et de combat pour la survie communautaire sur une autre base. Pour ces migrants pénalisés par une localisation précaire et une invisibilité sociale, les systèmes mobiles de communication ont généré l’apparition de différents mécanismes d’intégration sociale spontanés, multiples et individuels, qui ont suppléé d’une manière informelle au dispositif d’intégration institutionnelle.

- Outil de travail et de recherche, les systèmes informatiques se plient à une multiplicité des fonctions. La migration des ingénieurs en informatique représente une des facettes les plus visibles de l’exode des cerveaux qui atteint les sociétés tiers. Il est question d’une catégorie professionnelle très mobile, de plus en plus recherchée sur les marchés mondiaux. Les informaticiens migrants arrivent à valoriser leurs appartenances réticulaires et à construire à cet effet un espace migratoire virtuel qui précède leur migration.

- Outil majeur de circulation de l’information et de liberté d’expression, mais aussi de lutte et de contrôle, le réseau Internet s’offre pour ceux qui ont fui leur pays, comme un nouveau territoire d’affrontement politique et civique, qui se poursuit tant à l’intérieur qu’à l’extérieur des frontières.

- Aucune exploration des effets induits par les développements des TIC dans le monde de réfugiés ne serait complète sans mentionner les services rendus par cet équipement aux institutions chargées du contrôle des étrangers. Pendant les années 90, l’Europe a mis en place une nouvelle gestion informatique des dossiers des ressortissants étrangers. Ce système d’enregistrement des étrangers s’est généralisé tant dans les sociétés démocratiques que dans les sociétés totalitaires. Les fichiers de gestion administrative qui traitent les catégories de données à caractère personnel font l’objet de différentes lois et de pratiques policières et sont très débattus par la société civile.

Désormais, les technologies de d’information et de communication ne modifient pas seulement notre approche de notre objet de recherche mais également les moyens d’enquêter.

 

Le manifeste du programme

Les travaux du programme

Interview de Dana Diminesu au journal La Croix

Conférence de Dana Diminescu à l'Université de Tous Les Savoirs